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L'interview du mois de mars : À la rencontre de Mathilde, d'un bout du monde à l'autre

Mathilde est tombée amoureuse de la presqu'île de Crozon lorsqu'elle était plus jeune. Si son port d'attache est ici, son travail l'emporte dans d'autres bouts du monde. Je crois qu'il faut du caractère et de la passion pour évoluer dans un milieu (surtout) masculin, et Mathilde n'en manque pas. Notre conversation est à vous, bonne lecture !



Mathilde au travail / Mathilde est Officier mécanicien sur un câblier de repair en Asie
Mathilde au travail / Mathilde est Officier mécanicien sur un câblier de repair en Asie



Aujourd’hui, les mentalités évoluent et les femmes ont toute leur place dans la marine marchande.










Q1: Mathilde, peux-tu nous raconter d'où vient ton intérêt pour la marine marchande et quel a été ta formation ainsi que ton parcours professionnel ?

"Je connaissais déjà le milieu maritime grâce à mon père, qui travaillait à la Brittany Ferries (compagnie française qui réalise les liaisons entre la France et l'Angleterre/Irlande). J'ai de bons souvenirs d'enfance où on allait, avec mon frère et ma sœur, visiter les ferries sur lesquels il travaillait. Les visites de la salle des machines m'avaient particulièrement marquée.

Mais avant le lycée l’idée de travailler dans ce milieu ne m’avait tout simplement pas traversé l’esprit. À l’époque, ce n’était pas considéré comme un métier féminin, et même si mon père était du métier, on en parlait très peu autour de moi. Je n’ai donc jamais été encouragée à m’orienter vers cette voie.

C’est après le lycée que j’ai commencée à réfléchir sérieusement à mon avenir professionnel. À 19 ans, je savais que je ne voulais pas d’un métier routinier. Je souhaitais un travail qui me permette de voyager. C’est à ce moment-là que j’ai (re)découvert la marine marchande, et plus particulièrement le long cours, c’est-à-dire des navigations de plus de deux mois.

Pour intégrer l’ENSM, l’École Nationale Supérieure Maritime, il faut passer un concours. J’ai donc effectué une année de classe préparatoire au lycée maritime de Saint-Malo afin de m’y préparer. Après avoir réussi le concours, j’ai intégré l’ENSM où j’ai suivi trois années d’études.

À la fin de ma formation, j’ai obtenu le diplôme d’Officier Mécanicien Illimité / Chef Mécanicien 8000 kW.

Pendant mes études, j’ai eu l’occasion d’effectuer plusieurs stages, notamment à la Brittany Ferries, chez Jiffmar, ainsi qu'à la Compagnie Française du Thon Océanique. Ces expériences m’ont permis de découvrir différents types de navigation ainsi que des rythmes d'embarquements variés.

J’ai réalisé mon stage de fin d’études chez Louis Dreyfus Armateurs, où je travaille toujours aujourd’hui. Cela fait maintenant près de quatre ans que j’y suis. " 


Q2: Quel a été le plus grand défi que tu aies dû relever en tant qu'Officier mécanicien?

"Je n’ai pas un grand défi précis en tête, je dirais que chaque embarquement est un défi a lui-même ! On est souvent amené à changer de bateau, à travailler avec des équipes différentes, il faut s'adapter constamment et accepter d'être tout le temps dans une phase d'apprentissage. En effet, chaque bateau est différent et a ses spécificités, c'est un peu comme arriver dans une nouvelle maison et devoir prendre ses marques !



 

Mon prochain challenge va être de passer de 3eme mécanicien à 2nd mécanicien. C’est une étape importante dans ma carrière. Ça signifie être en charge de la machine dans sa globalité et manager une équipe d'une dizaine de personnes. Donc c’est mon prochain défi !"



Q3: Si ton métier t'envoie au bout du monde pour travailler, je crois savoir que tu peux aussi profiter de quelques jours de vacances sur place si tu le souhaites ! Peux-tu nous raconter l’expérience la plus marquante que tu aies faite grâce à ces voyages ?

"Je pense qu’il y en a plusieurs, mais la plus marquante reste une arrivée à Tahiti avec le bateau sur lequel je travaillais. J'ai fini mes deux mois d'embarquement et j'ai pu débarquer là-bas, j’y ai retrouvé des amis de l’école que je n'avais pas vus depuis quelques années. J'ai pu y rester 1 semaine en décalant mon billet d'avion. Un des meilleurs souvenirs que j'ai de ce séjour, c’est un réveil à 4h du matin pour rejoindre un spot situé à 1h de rame et une session de surf incroyable au lever du soleil avec les montagnes tahitiennes devant nous."


Q4: Pour une jeune femme qui rêverait d'un parcours similaire, quel conseil lui donnerais-tu pour évoluer dans un milieu professionnel qui peut sembler intimidant ?

"Je lui dirais d’abord de ne pas se mettre de limites et de ne pas se laisser impressionner par le fait que ce soit encore un milieu majoritairement masculin. Aujourd’hui, les mentalités évoluent et les femmes ont toute leur place dans la marine marchande. Sur un bateau, ce qui compte avant tout, c’est le professionnalisme et la capacité à travailler en équipe

Ne pas hésiter à poser des questions, à apprendre des autres et à profiter des stages pour découvrir différents types de navigation. L'assurance se gagne au fur et à mesure des embarquements !

Enfin, je lui dirais que si elle aime la mer, la technique et l’idée de voyager, c’est un métier passionnant qui offre des expériences uniques ! "



Q5: Peux-tu nous raconter quelle place occupe l'océan dans ton temps libre et ce qu'il représente pour toi ?

"Originaire du Finistère, j’ai toujours vécue proche de la mer. L’océan occupe une grande partie de ma vie, c’est un endroit où j’aime être et où je me sens bien. Il y a ce côté apaisant que j'aime beaucoup et puis aussi toutes les activités qu'on peut y pratiquer, pour ça la Presqu'ile de Crozon est incroyable ! 
Je me suis récemment mise à la pratique du kite surf !"


Q6: Pour finir, peux-tu nous confier ton rêve d'aventure le plus fou ? 

"Je n’ai jamais été une grande rêveuse. Je suis plutôt quelqu’un qui vit au jour le jour, même si peut-être qu’avec le temps, j’aurai envie de me fixer de grands projets ou de grandes aventures !

Pendant mes deux mois à terre, j’essaie surtout de profiter du temps avec mes proches, de voyager un peu et de faire des choses simples que je ne peux pas faire quand je suis en mer. Ce rythme entre mer et terre permet justement de profiter pleinement de chaque moment. Pour le moment, ce qui me rend heureuse, c’est surtout l’équilibre que m’apporte mon métier. 

Si je devais parler d’un rêve d’aventure, ce serait peut-être de naviguer, mais cette fois-ci en voilier ! Afin de profiter pleinement des paysages, des cultures, et surtout prendre le temps !"





 
 
 

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